Lettre à mon cul

Mon cher cul, 

J’ai toujours apprécié écrire des lettres. J’en échange depuis ma première secondaire. Le papier est tellement plus authentique qu’un message. Déjà à l’époque (dixit la nana de 60 balais), je voulais partager des moments purs et plus vrais. Je voulais dire les choses comme elles me venaient tout en les faisant perdurer dans le temps. Je conserve toutes les lettres que je reçois. J’en ai une caisse remplie, venant de ma famille, de mes amies, de mes amours … Et aujourd’hui, j’avais envie de t’écrire à toi. Bizarre tu vas me dire. Mais écoute, ce monde si étrange m’a appris à t’utiliser, te mettre en avant tout en te détestant. Je veux que plus rien ne s’immisce entre nous, alors laisse-moi te dire ces quelques mots. 

Je devais avoir 13 ans quand j’ai pris conscience de ce que tu étais vraiment: des fesses, un boule, un cul, un popotin, un derrière,  …., mon derrière! Tu ne me servais pas juste à m’assoir confortablement, non, visiblement tu attirais l’œil. Et il s’avère que tu étais mon principal atout. À cet âge-là, je ne voulais qu’une chose: plaire aux garçons. Plus exactement, je voulais me valoriser à travers le regard des hommes (de mon âge, je te rassure). Je t’ai donc inconsciemment et volontairement (oui, ce monde est bizarre) exploité. Inconsciemment, parce que je prends seulement conscience maintenant que je t’ai mal traité, et volontairement parce que tout était quand même calculé. Aux oubliettes les jeans larges ou les vestes longues, priorité aux pantalons moulants. Tout ce qui permettait de mieux te voir et qui te rendait beau, j’achetais, je portais et j’espérais que ça aurait l’effet escompté: attirer encore et encore les regards dans ta direction. 

Tu ne me servais pas juste à m’assoir confortablement, non, visiblement tu attirais l’œil. Et il s’avère que tu étais mon principal atout. À cet âge-là, je ne voulais qu’une chose: plaire aux garçons.

En repensant à cette époque, j’ai deux sentiments qui s’entremêlent et qui, pourtant, ne vont pas de pair. Le premier est celui de la honte. Je ne te considérais jamais comme « assez », et toujours comme « trop ». Tu as toujours eu des imperfections et je voulais que tu sois plus voyant, sans prendre plus de place (que de complexité). Je t’ai transformé en objet dès que tu as été sexualisé par le regard des autres. Alors pour ça, pardonne-moi. 

Le second sentiment est celui de la gratitude. Même si je t’ai exploité pour être remarquée, tu m’as apporté une certaine confiance en moi. La petite adolescente, complexée, hors norme, avec ses rondeurs et ses cheveux roux bouclés dénotait auprès des filles minces, blondes aux cheveux lisses. Mais tu étais là, plus charnu, plus intriguant que les autres corps. J’étais fière d’avoir un boule qui chamboule! L’intérêt qu’on me portait et qu’on me porte encore aujourd’hui passe souvent d’abord par une attirance pour toi. (Chez moi c’est pas du eyes contact, c’est du cul contact). Et il est vrai que ça m’a permis de t’aimer, malgré tes imperfections. Sentir que mes fesses attirent l’œil, sentir des mains (CONSENTIES) les toucher, sentir un sexe qui grossit à leur contact … je ne vais pas mentir, ça me fait kiffer. 

Je t’ai transformé en objet dès que tu as été sexualisé par le regard des autres. Alors pour ça, pardonne-moi. 

Plus je grandissais, plus tu prenais de la place. Tu as grossi au même rythme que mon corps et je ne t’en veux plus. Ça m’aura valu un surnom peu original mais vrai, « Big Ass », gravé sur mon pull de rhéto. Tu imagines à quel point ton existence a été remarquée par les autres, au point de les inspirer pour mon surnom? Est-ce que j’ai été honteuse de le porter? Un peu, parce qu’on (et je sous-entends la société) m’a dit qu’être ronde, enveloppée, bien en chair, grosse,… est mal vu. Mais tu étais mon blason, j’étais qui j’étais en partie grâce à toi. J’allais de pair avec ma paire de fesses. 

Au fur et à mesure des années, j’ai appris à vraiment t’aimer, à te montrer sans t’exploiter, à te faire rugir de plaisir en bonne compagnie. Tu es rond, bien dodu, peu complexé et fier d’exister. Tu aimes bouger et te déhancher au rythme de la musique ou … des va et vient de mon partenaire. Tu me parais bien lourd quand je reprends la course à pied, tu me parais bien harmonieux quand je twerke dans ma jupe léopard, tu me parais bien vivant quand je te sens te faire toucher. Tu es douillet, réconfortant et excitant… Tu es toi. Tu fais partie de moi. Et je t’aime comme ça. 


Rendez-vous mardi prochain, 8h ❤️

Copyright © 2022 NICOLE MAGAZINE Le contenu du site ainsi que les signes distinctifs « NICOLE » sont la titularité exclusive de NICOLE MAGAZINE et ne peuvent donc être utilisés sans le consentement préalable et écrit de celle-ci.

SUR INSTAGRAM: @nicole.lemagazine

SUR FACEBOOK: @nicole.lemagazine